Le dernier week-end de septembre a été dense. Entre les États-Unis, la Chine et l'Espagne, les courses s'enchaînaient sur trois continents en l'espace de 48 heures. Records battus, hiérarchies confirmées, nouvelles têtes qui émergent. Voici tout ce qu'il s'est passé.
Bear 100 Mile : deux nouveaux records sur un tracé mythique
Le Bear 100 Mile, organisé dans les montagnes de l'Utah et de l'Idaho, figurait déjà parmi les ultras les plus relevés de l'automne nord-américain. Cette édition a franchi un cap supplémentaire avec deux nouveaux records de parcours, aussi bien chez les hommes que chez les femmes.
Côté masculin, le vainqueur a bouclé les 161 kilomètres dans un temps qui pulvérise l'ancienne marque de plusieurs minutes. Le dénivelé cumulé, autour de 7 000 mètres positifs, laisse peu de place à l'erreur tactique. Une course gérée dans les règles de l'art, avec une seconde moitié réalisée à un rythme quasi similaire à la première, ce qui reste exceptionnel sur ce type de distance.
Chez les femmes, le record tient depuis plusieurs années. Il est désormais effacé par une performance construite sur la durée, avec une accélération notable dans les 40 derniers kilomètres. Ce genre de stratégie négative, où tu accélères en fin de course plutôt qu'au départ, est rare sur les 100 miles et d'autant plus impressionnante.
Ces performances s'inscrivent dans une série de chronos exceptionnels observés cet automne sur les grands ultras américains. Les conditions météo favorables en Utah ont clairement joué un rôle, mais la densité du plateau cette année est aussi une explication solide.
Ce qu'on tend à oublier derrière les records, c'est le coût physique réel de ces épreuves. 500 ml de pus dans la jambe : les risques cachés des ultras : ce type de cas extrême rappelle que l'ultra-marathon n'est pas anodin sur le plan médical, même pour les athlètes les mieux préparés.
Mammoth Trailfest : le 50K et le 50 Miles livrent leurs verdicts
À Mammoth Lakes en Californie, le Trailfest organisait deux épreuves comptant simultanément pour la Golden Trail World Series et la Skyrunner World Series. Une configuration rare qui attirait un plateau international particulièrement relevé.
Sur le 50K, la course côté féminin a offert un des duels les plus serrés de la saison. Les deux premières se sont disputées la victoire jusqu'aux derniers kilomètres, sur un tracé technique avec plusieurs passages au-dessus de 3 000 mètres d'altitude. Les changements de rythme en montée ont fini par faire la différence, dans un finish qui réclamait autant de lucidité que de jambes.
Sur le 50 Miles, les conditions plus froides de la haute altitude ont ralenti l'ensemble du plateau. Pas de record, mais des performances solides dans un contexte exigeant. La gestion de l'effort sur cette distance, en terrain montagneux, reste un exercice d'équilibre permanent entre ce que tu veux faire et ce que ton corps peut réellement encaisser.
La double affiliation GTWS et Skyrunner a aussi des implications sur les points au classement général. Certains coureurs optimisent leur calendrier pour scorer sur les deux circuits à la fois. C'est une stratégie de plus en plus courante chez les athlètes qui visent une performance globale de saison plutôt qu'un seul résultat.
À noter aussi : la question de l'hydratation en altitude reste centrale sur ce type d'épreuve. Beaucoup d'athlètes sous-estiment leurs pertes hydriques lorsque les températures baissent. Hydratation en automne : l'erreur que font trop d'athlètes détaille pourquoi la sensation de soif n'est pas un indicateur fiable dès que tu dépasses 2 500 mètres et que le mercure chute.
Patrick Kipngeno en Chine : la domination continue
Si la saison Golden Trail World Series 2024 avait un visage, ce serait celui de Patrick Kipngeno. Le coureur ougandais a enchaîné une nouvelle victoire en Chine lors de l'étape organisée en fin de mois de septembre, consolidant une avance au général qui commence à ressembler à une formalité.
Sa capacité à performer sur des terrains très différents, des singles tracks techniques européens aux courses plus roulantes d'Asie, le distingue de la concurrence. Ce week-end en Chine, sur un parcours avec des sections plates significatives en plus des montées caractéristiques du circuit, il a géré la course avec une économie de mouvement frappante.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes sur sa saison : plusieurs podiums consécutifs, aucun abandon, et une régularité de résultats qui lui permet de capitaliser des points dans chaque épreuve. C'est ce type de cohérence sur la durée qui construit les victoires au général, bien davantage que les coups d'éclat isolés.
La prochaine étape du circuit sera déterminante pour ses poursuivants. À ce stade de la saison, rattraper son avance au classement relèverait presque d'une performance extraterrestre.
Skyrunner World Series en Espagne : le circuit boucle son calendrier européen
Pendant que Mammoth et la Chine occupaient les projecteurs, deux épreuves de la Skyrunner World Series se déroulaient en Espagne. Ces courses marquaient la fin du volet européen du calendrier 2024 du circuit, avant les éventuelles finales de saison.
Le format Skyrunning, avec ses contraintes d'altitude minimale et de pourcentage de pente, attire un profil d'athlète différent des ultras classiques. Les distances sont souvent plus courtes, les dénivelés plus abrupts, et la part de technicité sur les passages rocheux est significative. On est davantage dans l'effort intense et explosif que dans la gestion pure du volume kilométrique.
Les résultats espagnols ont confirmé plusieurs athlètes locaux dans le haut du classement, ce qui n'est pas une surprise sur des terrains qu'ils connaissent parfaitement. La connaissance du parcours, même sur des épreuves à première participation, joue toujours un rôle quand tu cours à des altitudes où chaque geste compte.
Ce week-end espagnol a aussi montré la densité du trail international à cette période de l'année. Trois continents, des épreuves simultanées, des athlètes qui voyagent d'une course à l'autre avec des délais courts. La récupération entre les épreuves est devenue une compétence à part entière, presque aussi importante que l'entraînement lui-même.
Sur ce point, ce qui s'est passé lors de l'ultra weekend du 26 septembre donne un aperçu de ce calendrier serré, avec des athlètes déjà sur les starting-blocks quelques jours avant ce nouveau week-end chargé.
Ce que ce week-end dit de la saison trail en cours
Bah en fait, ce dernier week-end de septembre illustre quelque chose de plus large : le trail international est entré dans une phase de maturité. Les records tombent, les circuits se professionnalisent, les athlètes gèrent leur saison comme de vrais programmes périodisés.
Du côté des ultras comme le Bear 100, la densité du plateau augmente chaque année. Les performances qui faisaient figure de référence il y a cinq ans sont aujourd'hui battues régulièrement. C'est la marque d'un sport qui monte en niveau, porté par de meilleures méthodes d'entraînement, une nutrition plus rigoureuse et une gestion de la récupération qui ne laisse plus rien au hasard.
La nutrition reste un levier sous-estimé par beaucoup. Sur des épreuves de 24 à 30 heures comme le Bear 100, les besoins caloriques sont massifs et les stratégies d'apport en glucides, protéines et électrolytes font souvent la différence entre finir fort et finir à genoux. Tes besoins en protéines changent selon ta vie : ce principe vaut aussi pour l'intensité et le volume d'entraînement, deux variables qui bougent beaucoup chez les traileurs de haut niveau au fil de la saison.
Kipngeno, Mammoth, le Bear 100, les Pyrénées espagnoles. Quatre théâtres différents, un seul constat : le trail mondial n'a jamais été aussi relevé. La suite du calendrier GTWS et Skyrunner promet encore plusieurs week-ends de ce calibre avant la clôture de saison.
- Bear 100 Mile : nouveaux records de parcours chez les hommes et les femmes, en Utah et Idaho
- Mammoth Trailfest : épreuves 50K et 50 Miles comptant pour le GTWS et le Skyrunner World Series
- Patrick Kipngeno : nouvelle victoire en Chine, domination confirmée au classement GTWS
- Espagne : deux épreuves Skyrunner World Series, fin du volet européen du calendrier 2024